de Fredy Künzler
Temps de lecture: 4 minutes
WYSIWYG.
Un acronyme venu des débuts de l’informatique : What You See Is What You Get « Ce que vous voyez est ce que vous obtenez ». Dans les années 1980, ce terme désignait les logiciels de publication assistée par ordinateur tels que PageMaker. Leur promesse était simple : afficher à l’écran un document aussi proche que possible de son apparence une fois imprimé.
À l’époque, c’était une véritable révolution car, les imprimantes laser étaient coûteuses et donc peu répandues.Dans la plupart des bureaux, on travaillait encore avec les fameuses imprimantes matricielles, dont le bruit caractéristique résonnait à longueur de journée. Obtenir à l’écran un aperçu fidèle du résultat final relevait presque de la magie.

Image : imprimante matricielle, Source: iStock
Le terme WYSIWYG a peut-être disparu du vocabulaire courant. Pourtant, l’idée qui le sous-tend est aujourd’hui plus pertinente que jamais : ce qui est promis correspond-il réellement à ce qui est livré ?
À l’ère des images générées par l’intelligence artificielle, où l’apparence peut facilement masquer la réalité, cette question prend une dimension nouvelle. L’écart entre la promesse et la réalité n’a jamais été aussi difficile à percevoir.
Le même phénomène s’observe dans le domaine des connexions Internet.
Les publicités affichent en grands caractères des vitesses de « 10 gigabits par seconde ». Les mentions « jusqu’à » ou « best effort » n’apparaissent souvent qu’en petits caractères. La promesse semble claire, mais la réalité est plus nuancée : la vitesse annoncée ne constitue pas une garantie, mais un maximum théorique atteignable dans des conditions idéales.
Entre la bande passante commercialisée et l’expérience réellement vécue par l’utilisateur, il peut exister un fossé important.
Certes, un test de vitesse permet d’obtenir une indication. Mais il ne reflète pas nécessairement les performances disponibles au quotidien. Les réseaux modernes permettent de prioriser certains flux de données. Dans certains cas, les données utilisées pour les tests de vitesse bénéficient d’un traitement privilégié, tandis que d’autres applications disposent de moins de ressources. Une mesure ponctuelle ne raconte donc qu’une partie de l’histoire.
Pour les fournisseurs d’accès, commercialiser des connexions à 10 gigabits est naturellement attractif. Les consommateurs comparent principalement deux éléments : la vitesse affichée et le prix. Pourtant, la réalité technique est plus complexe.
La majorité des offres 10 Gbit/s actuelles reposent sur la technologie XGS-PON. Dans cette architecture, les ressources disponibles sont partagées entre jusqu’à 32 abonnés au moyen de répartiteurs optiques.
Prenons un exemple concret. Un équipement Huawei EA5800-X7 OLT, largement utilisé pour agréger les connexions XGS-PON, peut accueillir jusqu’à 7 cartes de ligne de 16 ports chacune. Avec 32 abonnés par port, cela représente 3 584 clients raccordés à un seul équipement. La capacité maximale de téléchargement vers Internet est de 40 gigabits. En pratique, environ 32 gigabits sont réellement exploitables. Rapportée aux 3 584 abonnés potentiels, cette capacité correspond à environ 8,9 mégabits par client.

Image : EA5800-X7, Source : HUAWEI
WYSIWYG pour les connexions haut débit ? On en est encore loin.
Une publicité pour une connexion à 10 gigabits décrit donc essentiellement un scénario idéal. Elle ne dit pratiquement rien sur la bande passante effectivement disponible un dimanche soir, aux heures de forte affluence, ou lors d’un événement de streaming particulièrement populaire.
Ce mécanisme est connu sous le nom d’« overbooking », plus élégamment présenté sous la formule « jusqu’à ». Pourtant, beaucoup de consommateurs ont l’impression d’avoir acheté 10 gigabits disponibles en permanence.
C’est précisément pour cette raison que le choix d’un accès Internet ne devrait pas se limiter à comparer un chiffre et un prix. La transparence, l’honnêteté de l’information et la compréhension du produit sont tout aussi essentielles. En d’autres termes : WYSIWYG. Ou, comme nous aimons le rappeler : « Chacun choisit librement son fournisseur. »